Annexe 9
En vers (et contre tout) ou De Missionibus
Oyez braves gens ! la complainte du triste
CMI,
Qui, nommé autrefois pour aider l'industrie,
N'hésita pas, téméraire, à monter au créneau,
Et se retrouve aujourd'hui un poignard dans le dos.
Elle était pourtant belle, sa mission d'alors,
Dans ses mains, sur ses doigts, il y avait un trésor,
Sans soucis matériels il pouvait l'exercer.
Des essais, peu d'erreurs, ç'avait bien commencé,
Un soleil nouveau, à l'horizon avait luit,
Eclairant doucement un spectacle inouï :
Le peuple des chercheurs était alors en marche,
Pied léger, tête haute et retroussant ses manches.
Après des décennies de rêves éthérés,
Certains avaient compris, les autres les suivaient.
Le temps n'était plus à ces vaines querelles :
Faut-il agir sur terre ou suivre le Nobel ?
Un consensus sublime faisait frémir les
troupes :
Cherchons ! Trouvons ! Faisons ! Et remplissons
nos coupes !
Trinquons dans l'amitié ! Créons dans l'allégresse,
Le moment est venu de se remuer les fesses !
Avec excitation, gardant toujours la foi,
Le pauvre CMI faisait feu de tout bois.
On le surprit aussi, disent les mauvaises langues,
A essayer d'extraire des diamants de leur gangue.
Il encouragea même, ménageant la surprise,
Les chercheurs les plus fous créant des entreprises.
C'était négliger ceux qui, observant ses gestes,
Lui préparaient dans l'ombre un coup des plus funestes.
Le coup était parti : ils étaient tous
coupables !
Certains - les égarés - se mirent même à table ;
Ils avouèrent des choses que d'autres honnirent,
Pensant naïvement : "ça ne sera pas pire,
Car l'Histoire, un beau jour, nous rendra bien
justice,
Le tout est de savoir trouver quelques complices".
Mais c'était sans compter sur certains paramètres,
Que tout bon scientifique se doit de reconnaître :
Sont-ce les fantasmes, sont-ce les certitudes,
Que d'aucuns affichaient en toute quiétude,
Qui ébranlèrent le Temple jusqu'en ses fondements ?
On ne saura jamais ; on n'en a plus le temps.
La bataille pourtant, fit rage et fut féroce,
Il y eut peu de morts, même s'il y eut des bosses.
Certains s'y retrouvèrent, d'autres disparurent,
Quelques gladiateurs roulèrent dans la sciure.
Tous se relevèrent, il en faut plus pour
mourir.
Et bien que cette histoire puisse faire sourire,
Ceux qui la traversèrent en sortiront marqués,
Qui au front, qui dans l'âme ; ainsi le mal est fait.
Pardonnez au conteur de cette triste histoire,
Il cherchait à servir, sans poursuivre la gloire.
Comme d'autres aujourd'hui, profondément déçu,
Il se dit chaque jour : "Bon Dieu ! Si j'avais
su !"